jeudi 22 septembre 2016

Ces mots qui ne s’inventent pas (5)

Ce sont des mots (ou des expressions) que l’on rencontre assez fréquemment ! On ne se doute pas toujours qu’ils s’écrivent bien ainsi.

Eh bien ou Et bien, autant que faire se peut, à l'envi, fautes fréquentes
Non, ce n'est pas l'une de mes idées fixes
Il y a bien une faute !

EH BIEN, moi, je vous le dis !

Par Toutatis ! Les éditions Albert René ont laissé passer cette faute ! Elle se trouve à la page 16 de La galère d’Obélix. Le vice-amiral Prospectus utilise la conjonction de coordination Et à la place de l’interjection Eh.
Il aurait fallu écrire : « Eh bien voilà… c’est que… »
Ici, Eh bien est à mettre sur le même plan que deux autres interjections : Eh quoi et Eh oui. Le Dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse) donne l’exemple suivant : « Eh bien, qu’avez-vous à dire ? »
« Rien, répondrez-vous peut-être. Ou plutôt si : je note que devant bien on écrit Eh et non Et. »
Euh, pas si vite ! Ne pensez pas que c’est automatix automatique. Deux contre-exemples : « Il y est bel et bien arrivé » ; « Elle a fait son travail, et bien » [dans le sens de : « et elle l’a bien fait »].
 

Répétons-le à l’ENVI

Changeons de registre ! Après le vice-amiral Prospectus, voici… Jean-Jacques Rousseau : « Le gouvernement, les magistrats, les auteurs, s’y sont à l’envi déchaînés contre moi. »
Jean-Jacques, bien entendu, n’a commis aucune faute (tout au moins dans cette phrase).
Il faut savoir que envi, sans e final, existe uniquement dans la locution adverbiale à l’envi, qui signifie à qui mieux mieux, sans retenue.
« Ils avaient envie de fraises… Ils en ont mangé à l’envi. »

Autant que faire SE PEUT


Autant que faire ce peu, autant que faire se peut
« Ne pas paraître étonné. Zen !
Oui, bien sûr…
J’ai toujours su qu’autant que faire se peut
s’écrivait comme cela.” »
Et là, il est possible que l’un d’entre vous s’écrie : « C’est décidément n’importe quoi ce blog… Autant que faire Se peuT ! Et puis quoi encore ? »
Le vieux sage d’une ancienne série télévisée (Kung Fu), lui aurait peut-être rétorqué : « Scarabée ! Apprends que la vérité des vieux singes prend parfois l’apparence de la libellule… »
Mais n’ayant jamais très bien compris les paroles de ce sage, je me contenterai pour ma part d’ouvrir mon Petit Robert : « Loc. Autant que faire se peut, se pourrait : autant que cela est, serait possible. »


Vous en redemandez ?
Ces mots qui ne s'inventent pas (1)
Ces mots qui ne s'inventent pas (2)
Ces mots qui ne s'inventent pas (3)
 
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jeudi 26 mai 2016

Ces mots qui ne s’inventent pas (4)

Ce sont des mots que l’on rencontre assez fréquemment ! On ne se doute pas toujours qu’ils s’écrivent bien ainsi.

confusion entre balade et ballade
Michel ! On se contentera d'une petite balade, avec un l !

Petite BALADE avec Michel Vaillant

Ces temps-ci, mes filles pensent à leur papa. Lorsqu’elles se rendent à la médiathèque de Gouesnou (Finistère), au milieu de leurs Schtroumpfs, de leurs Tintin et autres BD, elles rapportent souvent… des aventures de Michel Vaillant (pilote de Formule 1).
Bon ! On ne peut pas dire que j’aime beaucoup les sports mécaniques (ni d’ailleurs la mécanique tout court), mais les histoires de Michel Vaillant – très bien conduites –, ça, c’est autre chose.
Oui, les personnages, les intrigues et le style de Jean Graton (l’auteur) me plaisent bien. Samedi dernier, donc, je feuilletais vaillamment un album, quand soudain, je pilai sur une faute : « Et voilà ! C’est malin ! Finies, les ballades en ski… »
Cette sortie de route est fréquente. Très fréquente. Le mot ballade existe bien. Les ballades sont des poèmes, des morceaux de musique qui illustrent ces poèmes.
On connaît la Ballade des pendus, de François Villon, les Odes et Ballades de Victor Hugo, les ballades irlandaises, celles de Schiller et de Chopin, et même – les puristes me pardonneront –, La ballade des gens heureux de Gérard Lenorman !
Mais la promenade dominicale, la balade que l’on fait à pied, à vélo ou à skis, elle, ne prend qu’un seul l. 

P. S. Il est également préférable de faire une balade à skis plutôt que en ski.
 
 

Nul n’est CENSÉ ignorer l’orthographe !

Non, il n'est pas sensé venir demain. Il est censé venir demain. Tous les ouvrages et sites spécialisés soulignent la fréquence de cette confusion entre censé et sensé. Pourtant, l'erreur reparaît très souvent dans les écrits. Alors certainement est-il nécessaire de le répéter :
Censé vient d'un ancien verbe, censer, qui voulait dire juger. Censé signifie aujourd'hui supposé (l'élève est censé connaître ses leçons ; nul n'est censé ignorer la loi).
Sensé, son homonyme, dérive de sens. Être sensé, c'est être réfléchi, avoir du bon sens (un homme sensé, une idée très sensée).
Confondre censé et sensé ! Cela peut paraître en effet insensé !
 


Tintin, lamasserie ou lamaserie
Mais pourquoi, Tintin ? Pourquoi cette « lamasserie » ?

De la balade de Vaillant à la LAMASERIE de Tintin

Oui, j'en conviens, ce terme n'est pas très usité, mais comme nous sommes partis dans le monde de la BD !
Hergé et les éditions Casterman (tout comme aujourd'hui Jean Graton et ses éditions) ne laissaient passer que très peu de fautes. Néanmoins, dans Tintin au Tibet, paru en 1960, surgit deux fois le mot lamasserie.
Il y a très longtemps, cette orthographe a été utilisée, notamment par F. Denis en 1857. Le vocable lamaserie (avec un seul s), qui désigne donc aussi le monastère des moines tibétains, est apparu quant à lui un peu avant, en 1850, et s'est très vite imposé. Littré l'orthographie ainsi en 1867.
En 2016, aucun dictionnaire (que ces ouvrages soient d'ailleurs français... ou belges) ne l'écrit autrement. Tous les ouvrages de référence en mentionnent la phonétique, avec ce s qui se prononce bien [z].
Le Dictionnaire d'orthographe et de difficultés du français (Robert) ajoute même : « Ne pas écrire lamasserie. »
Alors on se demande vraiment pourquoi les éditions Casterman persistent à réimprimer depuis 1960 (en 2012 encore) cette incongruité orthographique !
 


Vous en redemandez ? Ces mots qui ne s'inventent pas (1)

                                                 Ces mots qui ne s'inventent pas (2)

                                                 Ces mots qui ne s'inventent pas (3)

                                                 Ces mots qui ne s'inventent pas (5)
                                                 
                                                 
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jeudi 19 mai 2016

Personnages célèbres : n'écorchez plus leurs noms !

« Il a vécu rue Châteaubriand, non loin du boulevard Clémenceau et de la cathédrale Saint-Rémi. » Et vous ? Auriez-vous bien écrit ces trois noms ?

Chateaubriand sans accent, faute fréquente
Pas d'accent sur le a de Chateaubriand.

Chateaubriand (1768-1848) : l’écrivain romantique

Non, la réforme voulue par Najat Vallaud-Belkacem n’est pas passée par là ! Si le a de château prend bien un accent circonflexe, le patronyme du célèbre auteur des Mémoires d’Outre-tombe, lui, n’en a pas (et n’en a jamais eu).
Ne confondez pas non plus Chateaubriand, l’écrivain et homme politique du XIXe siècle, avec Chateaubriant – l’un s'écrit avec un d, l’autre avec un t, c’est comme Dupond et Dupont –, prix Goncourt en 1911 avec son Monsieur des Lourdines et directeur d’un journal collaborationniste durant la Seconde Guerre mondiale.
Mais là non plus, pas d’accent sur le a, contrairement à cette ville de Loire-Atlantique qui s'appelle... Châteaubriant.

Saint Remi († v. 530) : celui qui baptisa Clovis

On le prononce, mais il ne s’écrit pas. Le nom de cet évêque de Reims s’orthographie sans accent.
D’autres évêques portèrent ensuite ce prénom (toujours sans accent), notamment Remi d’Auxerre (théologien des IXe et Xe siècles).
On écrit aussi Georges REMI, plus connu sous le nom de Hergé !
Au fil des dernières décennies, la plupart des communes placées sous le patronage de l’évêque de Reims ont fini par ajouter un accent à leur nom : Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines)…
Notons que les orthographes Rémi, Rémy, Remi ou Remy sont aujourd'hui toutes adoptées.
Mais lorsque l’on évoque le saint de Reims, c’est bien Remi qu’il faut continuer d'écrire.

Clemenceau sans accent, faute fréquente

Et pas d'accent sur le e de Clemenceau.

Georges Clemenceau (1841-1929) : le Tigre

Pas plus d’accent sur le e de Clemenceau que de cheveux sur les crânes de Kojak, Yul Brynner et Fabien Barthez réunis !
Bien entendu, le nom des établissements publics, des rues et lycées baptisés ainsi en l'honneur de l’ancien président du Conseil de la IIIe République… n’en ont pas davantage (d'accent).
Il en est de même pour le porte-avions Clemenceau, qui navigua de 1961 à 1997… Et aussi pour le cuirassé Clemenceau, mis sur cale en 1939 et bombardé dans la rade de Brest (en 1944) alors qu’il était encore inachevé.

Pour l’anecdote, on peut lire sur un timbre français de 1939 représentant ce cuirassé : « Clémenceau », avec un accent… et donc avec une faute.

À lire également : « -gable »… sans « u », comme Clark Gable.


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jeudi 12 mai 2016

« Au temps pour moi » : l'explication !

Les médias en ont beaucoup parlé ces dernières années. Oui, au temps pour moi – qui signifie « je reconnais que je me suis trompé » – s’écrit bien ainsi. Mais pourquoi donc ?
 
Au temps pour moi, autant pour moi
« “Au temps”, “Au temps” qu'ils disaient
Et le temps de pause alors ? »
Peut-être vous souvenez-vous des articles parus sur ce blog au sujet des expressions « sabler le champagne », « coupes sombres et coupes claires », « le vivre et le couvert ». Les erreurs commises à leur propos, comme c’est le cas pour au temps pour moi, sont liées à l’oubli de leurs origines.
Alors justement ! quelle est l’origine de l’expression de ce jour ? « Elle est militaire » nous dit l’Académie française dans son ouvrage Dire, ne pas dire. « Au temps ! » (pour tous les exercices qui se font en plusieurs temps) s’emploie pour « commander la reprise d’un mouvement depuis le début. »
Et les Immortels de prendre pour exemple « au temps pour les crosses », employé quand, dans le maniement des armes, le bruit des crosses n’a pas été synchrone.
L’Académie poursuit : « De ce sens de c’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit au temps pour moi pour admettre son erreur – et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début. »
Mais ce qui va suivre vous éclairera bien davantage encore…
 

C’était au bon vieux temps des manèges

Voici quelques mois, sur les ondes de France Info, l’écrivain Jean-Joseph Julaud racontait qu’il avait été conduit à compulser des dictionnaires d’argot militaire du XIXe siècle. Il y avait retrouvé ceci…
Dans les manèges, l’officier instructeur demandait à tous les cavaliers d’effectuer le même mouvement. Il lui fallait parfois rappeler ses élèves à l’ordre afin qu’ils retrouvent la bonne cadence. « Au temps ! », leur ordonnait-il alors.
Les cavaliers recommençaient donc l’exercice, non sans avoir auparavant reconnu implicitement leur erreur en s’écriant : « Au temps pour moi ! »

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