mercredi 21 octobre 2015

Le « et » et la virgule : « Je t’aime, moi non plus »

Ils nous l’ont tellement répété lorsque nous étions petits : « Il ne faut pas mettre de virgule devant un "et" » ! Nos maîtres d’école avaient certainement raison de nous dire cela, tant les phrases des enfants restent simples et ne nécessitent pas de s’encombrer de subtilités réservées aux plus grands.
Il reste en revanche un peu moins normal que cette idée, un tantinet trop assénée, élevée parfois au rang de énième commandement, demeure encore en l'état une fois adulte. À tel point que certains refusent systématiquement de faire précéder un « et » d’une virgule, au risque… de commettre une faute. « T’as jamais appris ça à l’école : jamais de virgule devant un « et » ! » (Grrr !)
 

Attention au chien !

Bon ! Il est vrai que si j’écris « Jean, et Rémi vont à la pêche », je fais effectivement une faute de ponctuation. Nul ne le contestera. Pourtant, imaginons à présent que je veuille apporter une précision au sujet de Jean : dire, par exemple, que c’est bien du « grand Jean » que je parle (pour le différencier d’un autre). J’insère alors dans mon discours une information, un commentaire, que je pourrais fort bien placer entre parenthèses. Je note donc :
« Jean (le grand Jean) et Rémi vont à la pêche » ;
ou « Jean, le grand Jean, et Rémi vont à la pêche ».
Si par malheur j’ai gardé à l’esprit qu’il ne faut pas de virgule devant un « et », je griffonne :
« Jean, le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Et mon lecteur sera alors en droit de penser qu’ils sont trois à être partis pêcher. De fait, cette absence de virgule devient une véritable faute, de même qu’il y en aurait une si je rédigeais sans fermer la parenthèse : « Jean (le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Cela vous semble évident ! Dans un sens inverse, faisons tout de même attention ! Si Jean et Rémi partent avec leur labrador, gardons-nous bien d’écrire : « Jean, le gros toutou, et Rémi vont à la pêche. »

Ne ratez pas non plus à ce sujet : Et une virgule changea le cours de l'Histoire.

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mercredi 14 octobre 2015

Un revolver à barillet sous un ciel constellé d’étoiles

Laissez-moi vous conduire au paradis des pléonasmes ! Chut… Entrez !
marche à pied pléonasme, dune de sable pléonasme
Leur marche à pied les conduisit à monter en haut de la dune de sable. Trois pléonasmes en une phrase. Qui dit mieux ?
Bienvenue dans le petit monde des pléonasmes involontaires !
Personnellement, j’ai une affection toute particulière pour ces innombrables assemblages de mots, la plupart du temps considérés comme fautifs, où le « je descends en bas » côtoie la « dune de sable », la « marche à pied » le « je monte en haut »… Tous ces bouts de phrase dont on sait pertinemment qu’ils sont pléonastiques (on nous l’a assez répété), mais que l’on se surprend parfois à prononcer avant de se dire intérieurement : « Zut, il m’a encore échappé celui-là ! »
Pléonasme : « Terme ou expression qui ne fait qu’ajouter une répétition à ce qui vient d’être énoncé » précise le Petit Robert, citant comme exemple vicié « prévoir à l’avance ».
 

« Faire une chute verticale »

Allons-y pour les plus courants : « ajouter en plus », « faire une chute verticale », « achever complètement », « une erreur involontaire », « comparer entre eux », « une heure de temps », « une petite maisonnette », « un monopole exclusif », « reculer en arrière », « passer en première priorité », « refaire encore » ou « répéter de nouveau », « il suffit simplement », « tous sont unanimes », « la topographie des lieux », « se réunir ensemble » ; « observer attentivement » ; « augmenter davantage », « commencer d’abord », « avérer vrai », « au grand maximum », « s’entraider mutuellement », « une apparence extérieure », « un hasard inattendu », « crier à haute voix », « mais… cependant », « mais… néanmoins », « mais… pourtant », « ainsi donc », « assez satisfaisant », « à haute altitude », « un faux prétexte », « un petit nain et un grand géant », « une double alternative », « car en effet », « se suicider soi-même »…
 

Une secousse sismique ?!?

Dans le même ordre d’idée, il sera tout aussi inutile de préciser d’un revolver qu’il est à barillet, puisque tous les revolvers en ont un, de dire d’un ciel – comme je l’ai encore lu récemment dans une enquête policière à succès – qu’il est constellé d’étoiles (constellé signifiant déjà parsemé d’étoiles).
Si le Petit Robert semble accepter aujourd’hui « dépenses somptuaires », le Dictionnaire des difficultés de la langue française (éditions Larousse) le considère toujours comme un pléonasme (somptuaire signifiant « relatif aux dépenses »). Il en est exactement de même pour « secousse sismique » (sismique venant du grec seismos signifiant choc, secousse).

applaudir des deux mains pléonasme ou non
« Applaudir des deux mains » !
Pléonasme ou non ?
Personne, en revanche, ne remet en cause des pléonasmes entérinés par le temps, tels que « saupoudrer de sel » (sau se traduisant bien par sel), ou tout simplement « aujourd’hui », formé de jour et de hui (venant de hodie = en ce jour). Mais n’en profitez tout de même pas pour abuser du très en vogue « au jour d’aujourd’hui » (même si l’Académie française le tolère) !
Et « applaudir des deux mains », alors ?
Sachant que l’immense majorité de nos congénères en ont bien deux, qu’elles sont toutes deux nécessaires pour accomplir ce geste… Oui, cette expression est effectivement pléonastique. Elle fait d’ailleurs partie d’une liste de pléonasmes fautifs concoctée par l’auteur d’un livre, par ailleurs excellent, destiné à préparer des étudiants au concours très sélectif d’orthophoniste.
Le très rigoureux Dictionnaire des difficultés de la langue française mentionne pourtant laconiquement : pléonasme admis (donc non fautif). Ha ! Un pléonasme que l’on a le droit d’utiliser ! Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que l’expression a pris une signification précise que le verbe « applaudir », utilisé seul, ne parviendrait pas à retranscrire : « Applaudir sans réserve. »
 
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vendredi 2 octobre 2015

Citations : juste une mise au point

Vous aimez utiliser de temps à autre une citation afin de rendre vos écrits plus attrayants ? Bravo ! Rien de tel, en effet, pour capter l’attention de vos lecteurs. Pourtant, il vous arrive parfois d’hésiter : « Dois-je mettre le point final avant ou après le guillemet fermant ? » Réponses.
Point final avant ou après les guillemets
Ah ! La Pléiade… Voilà une superbe collection qui respecte, bien évidemment, les usages typographiques !

« Une phrase commence par une majuscule et se termine par un point. » Pas plus tard qu’hier, l’une de mes filles (CE1) s’est vu retirer un point à son auto-dictée parce qu’elle avait justement omis d’en mettre un [point] à la fin de sa phrase. Et si je me permets de vous rappeler cette règle élémentaire, c’est qu’elle va grandement nous aider à comprendre notre sujet du jour : la place du point à la fin d’une citation.
Imaginez à présent l’une des premières pages d’un ouvrage où figurerait, seule, une citation.

« Il n’est de richesse
que
d’hommes ».
                          (Jean Bodin)

Cela ne vous choque pas ? Moi, si. Une phrase commence par une majuscule et se termine par un point. Ici, elle commence avec Il et se termine juste après hommes. Le point de même que les points d’interrogation, d’exclamation, de suspension devra se trouver avant le guillemet fermant (il est inclus dans la citation) :
« Il n’est de richesse
que
d’hommes. »
                           (Jean Bodin)

Cette règle typographique est bien entendu en usage à l’Imprimerie nationale. On l’appliquera aussi pour toutes les citations insérées dans un texte, dès lors qu’elles forment une phrase complète et sont introduites par un deux-points.
Les enfants s’écrièrent : « C’est trop compliqué la ponctuation et la typographie ! » Ils étaient cependant heureux…
(La phrase suivante commence directement après les guillemets.)

En revanche, si la citation ne constitue qu’un segment de phrase fondu dans un texte, le point final sera placé à l’extérieur des guillemets.

Ce à quoi le professeur leur répondit que la typographie n’était qu’un code, « généralement connu de tous, destiné à rendre les écrits plus lisibles ».
(Vous remarquerez ici : l’absence de deux-points ; l’absence de majuscule au premier mot de la citation ; le point final qui est celui de la phrase commençant par « Ce ».)

Vous ne vous étiez jamais posé de questions à ce sujet ?


Vous devriez peut-être lire aussi : « La conquête des espaces (espaces et signes de ponctuation) » !

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