jeudi 27 juillet 2017

En plein dans le mil – zut ! – mille (mille ou mil ?)

Les sept, les trente, les cinquante n’ont plus de secret pour vous depuis la parution de notre article sur les adjectifs numéraux. Pourtant, il est une question lancinante qui vous obsède peut-être encore : quand écrit-on mil (et mille) ?
mil ou mille
« Moi, de toute façon, je marque 1 000. »

Robert II, dit le Pieux, régnait en France en l’an mille. Cinq cents ans plus tard, plus exactement en mil cinq cent quinze, le chevalier Bayard défaisait les troupes suisses et milanaises à Marignan. Quel est le point commun de ces deux phrases ? Dans chacune, nous avons eu à écrire une date comprenant l’adjectif numéral mille… enfin, mil. Alors quoi ? C’est mille ou mil ?
Soyons clairs : personne ne vous en voudra si vous écrivez toujours mille de cette manière. Le Larousse du XXe siècle l’admet dans tous les cas. Mais alors d’où vient ce mil ? Quand peut-on l’orthographier ainsi ?
Si vous voulez être tip-top réglo, en totale communion de pensée avec nos chers immortels de l’Académie, vous l’écrirez comme cela lorsque mil (dans une date) est au singulier et suivi d’autres années (de l’an mil un à l’an mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf après Jésus-Christ) : l’an mil deux cent, par exemple, mais l’an mille (parce qu’il n’est pas suivi d’autres chiffres), l’an deux mille deux cent (puisque mille, précédé de deux, n’est plus ici au singulier).
Tout cela, vous l’aurez certainement deviné, nous vient du latin (Ahhh ! le latin !).

Sauf les notaires…

En très vieux françois, mil était un singulier ; mille, un pluriel. Le premier venait du latin mille (un millier), le second du latin millia (plusieurs milliers). Après le XIIe siècle, cependant, les deux formes coexistèrent presque indifféremment.
Les règles en vigueur aujourd’hui ont été fixées par des linguistes du XVIIe siècle et se sont peu à peu imposées. Le Grevisse et nombre de grammairiens contemporains estime qu’elles sont arbitraires, que l’an mille pourrait tout aussi bien s’écrire l’an mil (puisqu’il ne s’agit que d’un seul millier). Disons que les règles de ces linguistes du XVIIe siècle répondaient certainement à une logique qui nous échappe en grande partie aujourd’hui. Toujours est-il que, dans la même veine, il nous est aussi demandé d’écrire mille pour toute date antérieure à l’ère chrétienne : l’an mille cinq cent avant Jésus-Christ.
Bon ! vous me direz, si vous n’êtes ni notaire ni écrivain, mieux vaut finalement vous contenter d’écrire toutes ces dates en chiffres !

Résumons-nous

* Mille peut être préféré à mil en toutes circonstances.
* L’usage de mil est réservé aux dates de l’ère chrétienne : lorsqu’il est suivi d’autres chiffres et qu’il est singulier. On peut écrire l’an mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, mais on écrira toujours l’an mille, l’an deux mille, l’an deux mille quinze.


« Les années quatre-vingt », « quatre-vingtS hommes », « quatre-vingt mille hommes », « quatre-vingtS millions d'hommes » ! « Vingt » et « cent » s'accordent parfois. Si vous voulez savoir pourquoi, c'est ICI :




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jeudi 4 mai 2017

Contredisez-moi ! (les dérivés de dire et de faire)

Vous dites, vous faites, vous défaites… d’accord ! Mais que font les autres dérivés de dire et de faire ?
vous contredites ou vous contredisez, vous défaites ou vous défaisez
« Dites-le ! Faites-le ! Non, Monsieur, ne me contredisez pas ! D'ailleurs, vous contrefaites ma pensée… Comme le disait le grand… »

Aujourd’hui, nul besoin de longues dissertations pour évoquer les quelques erreurs que ne manque jamais d’occasionner l’emploi des dérivés des verbes dire et faire. « Vous dites », « vous faites », « faites surtout comme vous le dites ».
Les élèves de primaire, après quelques ratés bien compréhensibles, arrivent à retenir la forme de ces deux verbes à la seconde personne du pluriel (aussi bien à l’impératif qu’à l’indicatif présent). Il leur est en revanche bien plus difficile, même plus âgés, d’intégrer que des verbes tels que contrefaire et contredire donnent respectivement « vous contrefaites » et « vous contredisez ».
Alors dites-le et redites-le : parmi les dérivés de dire, seul redire se conjugue comme lui (vous dites, vous redites, mais vous contredisez, vous interdisez, vous prédisez, vous dédisez ; et notons encore le « vous maudissez »).
Tandis que les dérivés de faire, eux, font tous « faites » (hips !) : vous défaites, vous contrefaites, vous parfaites, vous refaites, vous satisfaites, vous surfaites.
Qu’en dites-vous ?

Un m ou deux m aux adverbes se terminant pas ment ? Une autre petite astuce qui vous plaira : Adverbes, puddings et brasseries bavaroises.

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lundi 13 mars 2017

« Tel » que vous ne l’avez jamais vu

Top chrono ! Trois minutes pour tout savoir sur l'accord particulier de tel et de tel que

Accord de tel et de tel que
« Tel et tel que ? Zut, zut, zut ! Ça s’accorde comment ça, déjà ? »

En grammaire, il est des questions que vous ne vous posez jamais… sauf lorsqu’il ne vous reste plus que deux minutes avant d’envoyer le rapport urgentissime que votre patron attend depuis la veille, ou encore ce message qui devrait vous permettre (s’il est assez crédible) de remporter le marché du siècle. Et là, c’est la poussée d’adrénaline : « Zut, zut, zut ! Ça s’accorde comment ça, déjà ? »
Eh oui, il est des circonstances où l’on regrette de ne pas avoir en tête toutes ces petites règles dont on a tant besoin pour bien écrire : comment accorder tel et tel que, par exemple. Soit dit en passant, il est étonnant que cette règle soit si peu connue ! Elle est pourtant simple. Jugez-en par vous-même :
Tel que s’accorde avec un nom qui le précède (« Des danses telles que la salsa », « Un héros tel qu’on n’en fait plus », « Des bateaux tels que le Titanic ») ;
Tel (sans le que) s’accorde en revanche avec le nom qui le suit (« Des danses telle la salsa », « Des bateaux tel le Titanic »).

« Grammaire ! je t’ai comprise »

Ce n’est pas très compliqué… Encore faut-il revoir régulièrement ce genre de règle afin de ne pas se retrouver coincé le jour J : « Zut, zut et rezut ! Lequel s’accorde avec celui d’avant et lequel avec celui d’après, déjà ? »
Et puis, il y a un petit piège à éviter. Il concerne tel que dans des phrases où le sujet est inversé, du style : « Telles que des guerriers, elles sont parties à l’assaut. » (Cela donne, en remettant tout dans l’ordre : « Elles sont parties à l’assaut telles que des guerriers. »)
Mentionnons enfin cette petite réserve émise par quelques spécialistes tels J.-P. Colignon et J. Decourt dans leurs Accords parfaits (Victoire Éditions) , à propos de certains accords pouvant être ressentis comme « grotesques ». Exemple : « Le général de Gaulle, telle Cléopâtre, marqua l’histoire de son pays. » Rien ne vous sera plus facile, dans de tels cas, de remplacer telle par comme ou (vous l’avez compris)… par tel que.
Prêt pour le jour J ?

« Un jeune homme aux cheveux filasse » Comment ! Vous pensez qu'il y a une faute dans cette phrase ? Eh bien non ! Peut-être devriez-vous lire CECI.
« Un monde sans fautes », un blog pour décliner votre amour de la langue française.